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2020-12-29T13:54:01+01:00

Témoignage n°2

Publié par Marie-Pierre Blanchet

Le défi, toujours le défi...

 

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Frédéric Defontaine. Je suis infirmier libéral à Montpellier depuis trois ans.

 

Peux-tu expliquer comment es-tu devenu infirmier ?

Depuis petit je voulais devenir médecin. Mais après l’échec en médecine ; j’ai voulu rester dans le domaine de la santé et plus particulièrement dans le soin auprès des personnes. Alors j’ai fait des études d’infirmier. Pendant mes trois ans d’études, j’ai travaillé le weekend et les vacances comme aide-soignant dans une maison de retraite. Ça m’a permis de confirmer mon envie de travailler dans ce domaine.

 

Où as-tu travaillé avant d’être en libéral ?

Après l’obtention de mon diplôme, j’ai préféré faire le tour des spécialités et des services dans le but d’apprendre de chaque domaine et d’espérer trouver ma voie. Par le biais de l’intérim j’ai pu travailler en cardiologie, pneumologie, soins intensifs, bloc opératoire... tout ça dans plusieurs régions.

 

Pourquoi le libéral ?

Après quelques années je me suis posé en Provence. Je travaillais au pied du Lubéron, dans un château du 16e siècle au sien d’une clinique de soins de suite, un jour une doctoresse me demande si ça m’intéressait de travailler dans le cabinet de sa sœur qui était libéral dans le village. Aimant les défis, j’ai dit oui.

 

Quels publics rencontres-tu à domicile ?

A domicile comme nous n’avons pas de spécialisation, nous fréquentons toutes les couches de la société : personnes âgées, adultes, enfants, personnes porteuses de handicaps, personnes précarisées, immigrés, sans domicile, gens du voyage...

 

Pourquoi as-tu accepté d’être président de l’association « Ma Différence En Partage » ?

Ma rencontre avec Marie-Pierre qui est ma patiente depuis deux ans et demi. Nous avons très vite échangé sur un tas de sujets. Au bout de quelques mois, elle m’a demandé si je voulais faire partie de l’aventure. J’ai dit oui. Et l’idée de représenter une association qui apporte un message d’ouverture et d’acceptation de l’autre m’intéressait. Et le défi, toujours le défi...

 

Peux-tu donner ton ressenti de la situation actuelle ?

Nous vivons actuellement un page de l’histoire. Ce virus met nos sociétés modernes à rude épreuve et nous oblige à réfléchir sur notre consommation, nos modes de vie, nos démocraties, notre rapport à l’autre et le fait que l’individualisme peut conduire à notre perte.

 

Peut-être un petit message positif pour l’avenir ?

Il est temps de plus espérer pour l’avenir et d’agir ensemble. Quelques soient nos origines, nos niveaux de vie ... toutes nos différences en fait, nous devons nous respecter, écouter l’autre, aider ceux qui en ont besoin et qui n’y croit plus, prendre soin de nous les uns les autres. Et nous traverserons cette période comme toutes celles que l’histoire a connu, notre société est sur le point d’évoluer, à nous de faire en sortes qu’elle n’en soit que meilleure. Alors si cette année a été difficile, chacun d’entre nous a su montrer qu’ensemble nous étions plus fort quelque soit d’où l’on vienne ou ce qui nous caractérise. Apprenons pour les jours meilleurs qui suivront, à vivre ensemble, avec toutes nos différences. Chacun à sa place et peut s’enrichir des autres. Aimons-nous, acceptons-nous, protégeons-nous.

Je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année !

 

Propos de Frédéric Defontaine recueillis par Marie-Pierre Blanchet

Décembre 2020

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2020-12-21T12:54:08+01:00

Je garde le Cap !

Publié par Marie-Pierre Blanchet
Je garde le Cap !

Alerte ! Covid 19 ! Très contagieux !

Je garde le Cap !

Respectez les gestes barrières. Euh oui ? Comment faites-vous pour me donner à manger ? M’emmener aux toilettes ? Me coucher ? Me lever ? Me laver ? Nous ne pouvons pas supprimer le contact pour s’occuper de moi. C’est un fait. Si vous me prenez avec des pincettes, je tombe parterre.

Je garde le Cap !

Les masques ne sont pas nécessaires. Tousser dans son coude. Attention aux postillons. Euh oui ? Je bave. Je n’arrive pas à tousser dans mon coude. Donc je suis un virus ambulant !

Je garde le Cap !

Se confiner. Une heure par jour de promenade. Rayon d’un kilomètre. Euh… Heureusement qu’il y a un parc à côté de chez moi. Il n’est pas fermé. Chouette, promenades printanières en vue. Puis plus tard… les personnes en situation de handicap peuvent sortir plus longtemps et plus loin. Chouette bis.

Je garde le Cap !

Nombre de morts augmente tous les jours. Les services de réanimation sont à flux tendu dans le nord de la France. C’est triste. C’est angoissant. J’arrête la télé. Je lis La horde du contrevent d’Alain Damasio. Un très beau voyage. Un autre langage. Très poétique.

Je garde le Cap !

Dans le sud, la Covid 19 reste tranquille. « Marie, tu devrais porter le masque. » Euh… sûrement mais… le masque ne tient sur mon visage truffé de grimaces. Et je ne suis pas inquiète.

Je garde le Cap !

Déconfinement ! Un temps de respiration. Partir en vacances. Restaurants. Théâtre. Concert. Parapente. Famille. Amis. Mariage de mon meilleur ami. Prendre l’amour à bras le corps.

Je garde le Cap !

Cas positifs. La rentrée a des avant-goûts d’un deuxième confinement. Je ne veux pas y croire. Les enfants font leur rentrée. Le travail reprend. Le port du masque est obligatoire. Sourires effacés pour combien de temps ? Euh… Je ne sais pas ! Je ne peux toujours pas porter le masque ? Le certificat médical le valide. Ni une visière ? Elle ne tient sur ma tête. Alors, arrêtez de me casser les couilles avec ce satané masque. Je le mets dans les transports en commun mais il est vite mouillé, donc inefficace ! Et j’en bave pour parler…

Je garde le Cap !

La deuxième vague arrive ! Couvre-feu en vigueur. Puis deuxième confinement mais… partiel. Les écoles et les grandes distributions continuent à tourner. Les petits commerces, les restaurants et les salles de spectacle doivent restet fermés. J’hallucine ! Pour contrer ma stupéfaction, je me mets à écrire. La suite de l’Intrépide Marie Chaussette prend forme. Je voyage dans mes souvenirs d’adolescence… libre dans ma tête !

Je garde le Cap !

Les informations nous submergent. Hold-Up fait son apparition sur les réseaux sociaux… Euh que penser de ce documentaire ? En fait, pas grand-chose. Continuer à vivre, à s’écouter et à s’aimer… c’est déjà beaucoup !

Je garde le Cap !

Noël approche. Les commerçants ouvrent boutique. Les cadeaux s’achètent par milliers. La culture et l’art sont obligés de fermer leur gueule. Le virus serait-il plus virulent dans une salle de ciné que dans une grande surface ?! Je suis hors de moi. Je pense aux plus démunis. J’ai une boule au ventre. Mais…

Je garde le Cap !

La Covid 19 est toujours parmi nous. On tremble déjà devant une troisième vague. Ben on verra bien ! Promesse de vaccin. Ben on verra bien ! La Covid 19 mute. Ben on verra bien !

Je garde le Cap !

En attendant, je veux passer de bonnes fêtes. Je veux profiter de l’instant présent et de mes proches. Tout comme vous.

Alors je vous souhaite de garder le Cap. Je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année. Prenez soin de vous et de votre famille, de vos compagnons et de vos amis.

 

Marie-Pierre Blanchet
20 décembre 2020

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2020-12-09T18:32:05+01:00

Article Zoom APF Gard-Hérault Décembre 2020

Publié par Marie-Pierre Blanchet
http://gard-herault.blogs.apf.asso.fr/

http://gard-herault.blogs.apf.asso.fr/

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2020-11-25T19:39:53+01:00

Un pied de pachyderme ébranle le parquet

Publié par Marie-Pierre Blanchet
"L'équilibre" de Madeleine Ossikian

"L'équilibre" de Madeleine Ossikian

Elle est contre lui. Il est contre elle. Tous deux sont debout. Tous deux sont dans une salle. La salle est gris perle. Quelques touches de rouge carmin la rendent distinguée. Sa majesté s’est offert un magnifique parterre de chêne. Sa majesté porte un joyau flamboyant sous son manteau. Sa majesté est aux premières loges de ce qui se joue.

Nous remarquons un orchestre près de la baie vitrée. Ses membres jouent une valse lancinante. Ses membres sont à contre-courant. Ses membres font des ricochets dans le vent. 

Les ramures de l’arbre du dehors restent immobiles. Telle une statue de marbre dans la neige, il trône. Il trône dans le blizzard de l’hiver.

Les yeux d’un spectateur se baissent. Les lattes du parquet montrent la trajectoire. Lignes verticales. Lignes horizontales. Lignes obliques. Deux danseurs aux chemins tracés. Les bulles de la valse rebondissent sur leur corps. Deux danseurs sourds. Ils n’ont que faire des bruits extérieurs. Deux danseurs atypiques. Ils sont immobiles tout comme l’arbre du dehors.

Elle est contre lui. Il est contre elle. Leurs bustes se touchent. Leurs bassins se touchent. Pourtant. Elle, elle est vacillante. Pourtant. Lui, il est son tuteur. Pourtant. Elle, elle est une plume. Pourtant. Lui, il est un roc.

Mécène, il embrasse son tronc de ses bras. Dans l’abri de ces bras, elle se sent à l’étroit. Il commence à faire un pas en arrière. Il lui ouvre le chemin. Elle s’affole. Elle n’a pas l’habitude d’être guidée. Elle n’en fait qu’à sa tête. Elle n’en fait qu’à son corps. Mais dans cette salle gris perle, la jeune femme est là en représentation. Sa gestuelle floue demande de l’exactitude. Sa gestuelle ondulante demande de la constance. Alors, la jeune femme se concentre. Pour être présente. Pour être là, dans cette salle. Etre là, dans son anatomie.Là, dans le duo avec lui. Alors, la jeune femme se concentre.Sur ses cuisses qui se durcissent. Sur ses mollets qui se raidissent. Sur ses talons qui s’affranchissent. Du sol.

Le parquet ciré se dérobe sous elle. Soudainement. Les lattes de bois se soulèvent. Soudainement. Elles claquent. Soudainement. L’ouïe de la jeune femme se dilate. Musique acoustique faite de bois. Excentrique. Valse en sourdine faite d’air et de corde. Concentrique. La jeune femme se perd entre les rythmes. La tête lui tourne. La nausée au bord des lèvres. Elle va chavirer. Elle a froid. Elle grelotte. Vite un point fixe ! Le joyau flamboyant. Il crépite sous son manteau. La jeune femme le fixe malgré sa danse incessante. L’ondulation des flammes la réchauffe. Elle n’a plus froid. Son vertige s’est arrêté.

Les lattes de bois se sont abaissées. Les instruments se sont tus. Le calme est là. L’orchestre a sombré. Dans le remous des lattes de bois.

La jeune femme entend la voix de son partenaire. Il lui ordonne de se lancer. Sur ces paroles, elle se cambre. Elle devient arc. Elle se tend. Elle devient archet. La flèche est prête à partir. La jeune femme est là en représentation. Il lui ordonne de se lancer. Elle tente. Mais elle n’y arrive pas. Elle se sent tomber. Le sol semble l’attirer, encore une fois. Elle se contracte davantage. Il a un bout de bois entre ses mains. Il a un cep de vigne contre lui. Elle est nerveuse. Elle est noueuse. La jeune femme est là en représentation.

L’homme prend alors une voix bienveillante. Il lui susurre qu’elle ne risque rien. Elle tente de respirer pour se détendre. Elle happe l’air avec son nez. Ses narines se dilatent. L’air ne rentre pas. Suffisamment. Elle happe l’air avec sa bouche. Ses lèvres s’entrouvrent. Ses poumons ne se remplissent pas. Suffisamment. Sa respiration est saccadée.

Elle est en apnée quand… Sa tête part en arrière. Son bassin part en avant. Et dans un élan… Sa jambe gauche se plie. L’amorce du premier pas s’annonce. Pendant quelques secondes. Son pied gauche reste en suspens. La jeune femme veut le poser délicatement à terre. Elle est en apnée quand… Un pied de pachyderme ébranle le parquet. Elle a un sursaut.

Est-elle à l’origine de ce tremblement ? Elle tourne la tête de côté. Non ! Elle regarde de nouveau droit devant elle. Elle se dit que son petit pied n’aurait pas fait autant de raffut. Elle qui est une plume. Elle qui est vacillante. Au moindre courant d’air.

Puis. Elle aperçoit les yeux écarquillés du public. Une énorme présence se tient derrière elle. Une trompe se loge au creux de son épaule. Elle est douce. Son contact la réconforte. Une douce chaleur gagne sa poitrine. Un petit rictus d’excuse à son partenaire. La jeune femme est là en représentation. Son partenaire, lui, est inébranlable. Campé sur ses pieds, il évalue la situation. Il connait le gigantesque animal. Une danse singulière émane de lui. Pataud dans sa déambulation, il charme. Son corps n’est que tendresse. L’homme le sait bien.

L’homme et l’animal se sont si souvent courtisés. L’homme est étriqué dans son être. Dans ses gestes. Dans sa démarche. L’animal est rebondi dans son être. Dans ses gestes. Dans sa démarche. Pendant longtemps, l’éléphant a observé l’homme. Il a appris à l’aimer. Malgré son corps de roc, il est dans le cœur. Il a un regard doux. Pendant longtemps, l’homme a observé l’éléphant. Il a appris à l’aimer. Malgré son corps moelleux, il est dans la force. Il a un regard loyal.

Maintenant, la jeune femme est assise en tailleur. Elle a retrouvé son agilité. D’autrefois. L’homme lui était encore inconnu. Elle était une artiste aérienne sous un chapiteau. Lui, un chorégraphe pointilleux sur la cadence des pas. Elle, elle avait de l’ardeur. Lui, il avait de la retenue. Dès le premier battement de cils, ils ont voulu être en duo. Artistes dans l’âme, ils se sont considérés. Puis se sont rapprochés pour une danse singulière. Sur un magnifique parquet en chêne. Dans une salle gris perle. Apprêtée de quelques touches de rouge carmin. Sertie d’un joyau flamboyant sous son manteau. Mais. Ils se sont rencontrés sur un faux pas. Ils se sont rencontrés sur une fausse note.

Maintenant, la jeune femme trouve refuge. Entre les pattes de l’animal. Majestueux, l’éléphant la protège. Il l’a toujours protégée, d’ailleurs. En tout temps. En toute saison. En toute circonstance. Majestueux, l’éléphant la protège. La rigidité du corps de l’homme étrique. La souplesse de la jeune femme. La rigidité du corps de l’homme sabre. La légèreté de la jeune femme. Tortionnaire de la jeune femme, le corps rigide de l’homme doit disparaître. La trompe de l’éléphant se balance. De gauche à droite. De droite à gauche. La trompe de l’éléphant gomme.L’homme rigide devient filigrane. La salle gris-perle devient filigrane. Les couleurs du public s’affadissent. Le blanc prend place. 

Maintenant, la jeune femme est debout. L’éléphant l’accompagne. Tous deux avancent avec souplesse. Tous deux avancent avec bonhomie. Un homme nouveau réapparaît. Un homme nouveau les suit de près. Souple dans sa déambulation. Pataud, il ondule son fessier. De gauche à droite. De droite à gauche. Il charme. Son corps n’est que tendresse. L’éléphant le sait bien. L’éléphant loge sa trompe au creux de l’épaule. De l’homme. L’homme effleure la taille féminine. Tous trois avancent. Paisiblement. Vers le lointain…

 

Marie-Pierre Blanchet

(nouvelle extraite "Les élans de cœur d'une femme assise" parue chez L'Harmattan, 2018)

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2020-10-16T11:26:32+02:00

Témoigne n°1

Publié par Marie-Pierre Blanchet

Polyhandicap et inclusion !

 

Le mot à la mode quand on parle de Handicap au sens générique... Oui mais justement, le polyhandicap est un handicap qui ne rentre que rarement dans le sens générique. Avec le temps, je suis de plus en plus convaincue qu'il serait bon de mettre un troisième niveau de perte d'autonomie.

Le polyhandicap n'est pas visible. C'est un handicap que la population ne connait pas, ne voit jamais, ne peut même imaginer que par l'image d'Épinal : le petit bout de vie inerte et vide.

Ceux qui connaissent un enfant polyhandicapé savent que c'est tout l'inverse.

C'est un individu hyper sensible, certes fragile à l'extrême, certes muet, certes totalement dépendant mais tellement sensible. Un petit être qui est capable de se souvenir d'une voix pendant des années, d'un visage ou d'une caresse.

Le dialogue est riche sans aucune parole, ou si peu : un regard, un son, un geste, une grimace ou un sourire, si on prend le temps, on communique sans aucune limite.

Le toucher est sans doute le sens le plus développé car il est le plus immédiat à comprendre. Les câlins sont le partage ultime.

Tout passe grâce au toucher...

Mais le polyhandicap ne peut pas être visible dans ce monde sans sa famille. Vous ne verrez pas d'athlètes, pas d'écrivain, pas de star de série télé...pas d'invités sur les plateaux ou de blogueurs polyhandicapés. L'inclusion, ce n'est pas l'enfant polyhandicapé, c'est sa famille. Le lien avec le monde ordinaire se fait par les parents, les frères et sœurs, les grands parents, les amis proches.

Je rêve de cet avenir où les familles seront davantage intégrées. Car même si aujourd'hui nous avons beaucoup de soutien et d'aides à tous les niveaux, suffisamment ou presque, nous avons aussi le besoin d'être vus dans cette implication à vivre avec le polyhandicap. C'est un investissement de toute une vie, parfois une vie raccourcie... comme une parenthèse qui aura tout bouleversé.

C'est un engagement d'une famille autour du jeune polyhandicapé. Il s'agit de combler tout ses besoins sans pour autant le faire disparaitre. Comment se faire comprendre en restant invisible ?

Je suis fière d'être la maman d'Hugo. Je voudrais le présenter à tout le monde, si seulement chacun pouvait passer une heure avec lui, rien que ce temps suffirait à faire comprendre qu'il ne faut pas en avoir peur, pas le plaindre ni avoir pitié, pas le fuir ou fermer les yeux. Mon petit pourrait sembler ne "servir à rien" mais ce monde est tout sauf insensible au polyhandicap. La plupart de ceux qui connaissent Hugo savent à quel point il apporte beaucoup. Sans rien faire, juste un sourire, juste un "chant", juste un regard et vous comprenez que ce n'est qu'un être d'amour qui vous fait le plus grand bien.

Mon réconfort de maman, c'est de me blottir dans son cou et sentir son odeur. Regarder son sourire parfait, profiter de ses yeux innocents. A aucun moment je ne regretterai le choix de lui donner toute ma priorité, sur tous les niveaux. J'essaye aussi d'ouvrir nos vies pour sensibiliser à ce polyhandicap invisible. En connaitre la dureté et l'exigence certes ! Mais aussi en apprécier les grandes joies et les petits bonheurs du quotidien.

 

Fabienne maman d’Hugo

A l’initiative de l’association « Handiablé.e.s »

Lien : http://handiablees.com/

 

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2020-10-15T12:20:51+02:00

Appel à Témoins

Publié par Marie-Pierre Blanchet

Bonjour,

Dès octobre 2020, l'association "Ma Différence En Partage" vous donne la parole.

Si vous souhaitez de partager votre différence, votre expérience de vie, vos actions, vous pouvez nous transmettre votre témoignage à madifferenceepartage@gmail.com !

Un témoignage sera mis en ligne une fois par mois.

Au plaisir de vivre vos différences !

L'association "Ma Différence En Partage"

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2020-09-27T20:38:26+02:00

Le souverain exilé

Publié par Marie-Pierre Blanchet
Dessin de Jacqueline Blanchet - Artiste plasticienne - https://www.facebook.com/jacqueline.blanchet.73

Dessin de Jacqueline Blanchet - Artiste plasticienne - https://www.facebook.com/jacqueline.blanchet.73

Je regarde le monde.
Le monde est en joie.
Le monde improvise une chorégraphie.
Le monde transcende la mélodie de l’existence.
L’existence est belle.
L’existence est insolite.
L’existence est ivresse.

Génies se rapprochant.
Son esprit s’agite : « Monter dans ce vieux bus était peut-être une erreur. Mais ses jambes ne le tenaient plus. Ses pieds n’avançaient plus. Il avait marché trop longtemps sous le soleil ardant. Son squelette allait se disloquer. Il avait hélé le véhicule branlant. Il était monté avec des inconnus. Peu importe la direction qu’ils prenaient, du moment qu’ils avançaient vers le nord. Ensemble. »
Maintenant les génies sont tout près. Il se recroqueville sur lui-même. Il veut disparaître. Il a le cœur au bord des lèvres. Un goût de sel s’empare de sa langue. Une nausée vient. Il sent l’ivresse.

J’écoute les notes.
Les notes sont chaudes.
Les notes ont les saveurs du métissage.
Les notes balancent les corps en rythme.
Rythme lent.
Rythme rapide.
Rythme saccadé.

Ivresse est un tourbillon.
La tête lui tourne. Ses tripes se nouent. La bile monte dans son œsophage.
Les génies se faufilent au travers de l’habitacle. Il est terrifié. Des gouttes de sueur perlent sur son front. Des frissons parcourent son corps. Le froid l’envahit. Son squelette grelotte. Il claque des dents. Il serre les mâchoires. Il ne doit pas faire de bruit. Il doit rester invisible. Fantôme clandestin.
Les génies passent sur son visage. Il est ébloui. Ses paupières se ferment. Sa respiration est saccadée.

Je déguste une boisson sucrée.
Sucrée est la soirée.
Sucrée est la frénésie dansante.
Sucrée est l’amitié.
L’amitié est jolie.
L’amitié est gaie.
L’amitié est avenante.

Saccadée est sa prière.
Des pas. On court. On se sauve. La peur au ventre, il s’arrête de respirer. Il est en état de stress. En état d’attente du pire.
Alerte. Au moindre bruit suspect, il bondit. A la moindre parole suspecte, il s’enfuit. Quelque chose frôle son épaule gauche. Il sursaute. Une main enserre son épaule droite. Prisonnier, il ouvre les yeux sur une frimousse avenante.

Je suis saoule de rhum.
Rhum délie mes bras et mes jambes.
Rhum me donne de l’élan.
Rhum m’entraine dans une danse.
Une danse bien à moi.
Une danse de proximité.
Une danse envoûtante.

Avenante est la liberté.
Les deux adolescents aux traits enfantins se fixent. Le message passe. Accord. Candide, il faut partir. Vite ! Accord. Candide, il faut courir. Vite ! Ne pas penser à une issue fatale. Retrouver l’innocence perdue dans les carcans de la souffrance. Courir. Vite ! Avant que la police ne les retrouve, ne les embarque. Courir. Vite ! Avant que la police ne les emprisonne, ne les torture. Ils ne veulent plus endurer. Ils ne veulent plus être humiliés. Ils ne veulent plus être persécutés.
Son nouveau compagnon l’empoigne par le bras. Franchir une ligne de frontière dans le silence. Là-bas, la liberté sera belle. Là-bas, la liberté sera envoûtante.

Je m’arrête un instant.
Instant d’observation.
Instant de contemplation.
Instant de fascination.
Fascination pour les danseurs virevoltants.
Fascination pour l’entente harmonieuse.
Fascination pour un jeune homme ébène.

Envoûtante est la nouvelle terre.
Le territoire sur lequel il est arrivé quelques jours auparavant l’égare. L’effraie. Sa détermination d’évasion est à bout de souffle. Son soleil lui manque. Il fait si froid ici ! Le froid le glace jusqu’aux os. Il a soif de sa terre. Ses saisons de pluie lui manquent. Ses racines sont distendues. Ses racines sont sur le point de se rompre. Il a envie de rebrousser chemin pour retrouver les siens. Son compagnon d’escapade l’a laissé en cours de route. L’adolescent sait qu’il ne le reverra jamais.
L’adolescent fixe un point au bout de la rue. Il sait qu’il doit continuer seul. Sa détermination revient. Il veut aller là-bas. Là-bas où tout est possible.
Soudain, un éclat derrière lui ! Il se retourne et voit un jeune homme ébène.

Je suis captivé par lui.
Lui, devant moi.
Lui, tout simplement beau.
Lui, dans son corps.
Son corps est fin.
Son corps est musclé.
Son corps est ferme.

Ebène est sa couleur de peau.
Il est devant une psyché. La psyché est dressée au beau milieu de la rue. La rue est peu passante.
Une réflexion est face à lui. Il s’approche d’elle. Il n’ose pas la regarder. Pourtant, la réflexion l’attire. Il ne se reconnaît pas. Il fixe plus attentivement le jeune homme ébène dans le miroir. Réflexion faite, il se reconnaît. Les traits de son visage se sont durcis. Il a perdu l’innocence de l’enfance. Il serre son poing droit. La psyché se brise de son coup ferme.

Je devine sa puissance.
Puissance dans la douceur de ses mouvements.
Puissance dans l’élégance de ses cadences.
Puissance dans la profondeur de son être.
Etre singulier.
Etre tranquille.
Etre voyageur.

Ferme est sa volonté.
Les éclats du miroir s’éparpillent sur l’asphalte. Les éclats du miroir crissent sous ses pieds. Eclats de verre. Eclats de lumière. Eclats de voix. Chut ! Il ne doit pas faire de bruit. Il doit rester invisible dans les rues, dans la ville, dans le pays. Pas de papier. Aucune identité. Fantôme clandestin.
Il erre à la recherche d’un refuge. Il trouve un bâtiment désaffecté, éloigné de la ville. Il cherche à lier connaissance avec des sans-papiers. Mais la galère attise le soupçon. Certains s’observent avec défiance. Le monde est cruel. Pourtant la solidarité entre réfugiés se lie. Les paroles fusent. Les paroles se perdent en échos. Certains regards se veulent bienveillants. Une percée d’humanité dans ce monde en transit donne de l’élan. Le jeune homme ébène s’approche de l’un des réfugiés. Il engage la conversation. L’autre ne répond pas. L’autre a les yeux hagards. L’autre n’existe pas. N’existe plus. Le jeune homme ébène n’insiste pas. Il s’éloigne de quelques pas.
La fatigue le prend soudainement. C’est le soir. Il s’allonge à côté de ses affaires. Il dort à même le sol. Mais la nuit est bruyante. Le brouhaha l’empêche de se reposer. Il somnole. Un cri perçant le fait assoir. Il tente de savoir d’où il provient. L’obscurité amplifie les bruits des dormeurs. Certains parlent dans leur sommeil. Certains grognent des mots incompréhensibles. Certain se retournent constamment comme s’ils étaient poursuivis par des esprits malfaisants. Il écoute. Aucun bruit suspect. Rassuré, il retombe sur sa couche de fortune et s’endort. Un rêve l’emmène jusqu’à une maisonnée. Fin du destin voyageur ? 

Je me fonds en sa personne.
Personne droite.
Personne prudente.
Personne muette.
Muette dans son cheminement.
Muette dans ses sentiments.
Muette dans ses émotions.

Voyageur est son allié.
Le jeune homme ébène savoure le moment présent. Le jeune homme ébène savoure la chaleur qui l’entoure. Des gens bienveillants l’accueillent. Ces gens ne connaissent pas son histoire. Tout ce qui compte est sa sécurité. Son confort. Tout ce qui compte est la discrétion. La bienveillance. On ne le brusque pas. Le repas est sur la table. On le sert. Il ne mange que des petites quantités. Il n’a pas l’habitude que son estomac soit rempli. Il n’a pas l’habitude d’être choyé. Sa retenue scelle ses émotions.

Je suis ses pas.
Pas précipités.
Pas aventureux.
Pas hésitants.
Hésitants sont ses compagnons d’infortune.
Hésitants sont ses liens avec les passeurs.
Hésitants sont ses jours futurs.

Emotions en ébullition.
Il se réveille en sursaut. Dans son lit de fortune, il se remémore : « Il est étranger en devenir. Il quitte sa famille. L’aube se lève à peine. Son début de vie s’estompe au gré de ses pas. Les siens dorment encore. Il ne veut pas les réveiller. Il ne veut pas leur dire au revoir. Le jeune homme ébène s’en va le cœur en larme. Les siens souffrent. Famine ? Sécheresse ? Misère ? Maladie ? Persécutions ? Lui seul sait la raison de son départ. Il laisse son village, derrière lui. Il laisse son village pour sauver les sien. Pour se sauver lui-même. Là-bas, plus au nord,  il trouvera de l’or. Là-bas, plus au nord, il trouvera du renfort. Il en est certain ! Il marchera vers ses périples futurs. »

Il va par delà les frontières.
Frontières de turbulence.
Frontières de surveillance.
Frontières de méfiance.
Méfiance dans les bruits.
Méfiance dans les paroles.
Méfiance dans les songes.

Futurs sont ici et maintenant.
Il randonne sur sa terre d’accueil au fond bleu. Il découvre de nouveaux paysages, de nouvelles plantes. Le printemps est là. La nature naît. Son vert tendre est agréable au regard. Il retrouve son âme d’enfant. Il crapahute sur les sentiers. Son cœur palpite à chacun de ses pas. Des senteurs et des sentiers inconnus le ravissent. Cette terre lui plaît. Il voudrait tant qu’elle l’adopte. Mais il doit être patient. Ses papiers arriveront un jour ou l’autre. Un jour, il vivra en toute sérénité sur ce territoire marin.
A l’arrière de la voiture, il est bercé. Songes.

Il est happé par une cavalière en furie.
Furie luttant parmi ses semblables.
Furie défendant leurs idéaux.
Furie combattant à tous temps.
Temps aride.
Temps diluvien.
Temps houleux.

Songes au seuil d’une hutte se faufilant au dehors.
La mort rode au quotidien. La mort attrape tout sur son passage. L’adolescent s’échappe avant que la mort ne l’emporte. Lieu maudit par la misère, la hutte disparaît.
Il traverse l’Afrique. Le roseau se plie sous les rafales de l’harmattan. Le roseau ne se brise jamais sous les cris haineux. Les embruns fouettent son visage. Les dunes se meuvent. Le roseau arrive sur une plage. Des dizaines de roseaux attendent déjà. Tous attendent le bateau qui les emmènera vers la terre promise. Dans la soirée, ils embarquent. Faute de place, des roseaux restent sur la plage. Les délaissés regardent leur liberté partir au large.
Depuis quelques jours, le bateau navigue en pleine Méditerranée. Le roseau navigue parmi les siens. Beaucoup ont le mal de mer. Les râles et les pleurs d’enfants accentuent la douleur environnante. Tous sont affamés mais le peu de nourriture qu’ils ingurgitent les rend malade au point de vomir.
Soudain la terre ferme apparaît. Les moteurs du bateau ralentissent. Le commandant de bord attend un accord. Un accord pour accoster. Un accord pour apporter du secours à ces gens en détresse. Mais aucun port ne veut les accueillir. Le commandant remarque une silhouette sur le pont. Le commandant pense que sauter du pont et nager jusqu’à la côte des Droits de l’Homme sont réalisables. Le commandant sait que seul un conquérant peut arriver à destination sans périr.
A la nuit tombée, un jeune homme ébène plonge dans une mer d’huile. L’eau est glacée. Son cerveau se met en veille. Ses bras et ses jambes s’engourdissent. Le calme de l’eau l’apaise, l’attire vers le fond. Se laisser aller, ne plus rien ressentir seraient une belle fin. Le vent se lève. Le goût du sel s’empare sa bouche. Il est en train de se noyer. Il remonte à la surface, prend une grande inspiration. Son cerveau se reconnecte. Ses bras et ses jambes se remettent en fonction. Le vent souffle. Il tente de nager vers la terre, vers les lumières qui se profilent au loin. Mais le courant l’empêche d’avancer. Ses forces l’abandonnent de nouveau. Il décide, alors, de se laisser dériver sur les flots houleux.

Il se nomme Alassane.
Alassane opte pour l’aventure.
Alassane marche tout droit.
Alassane a un cœur.
Cœur d’armes contre l’injustice faite aux hommes.
Cœur vaillant rempli d’amour.
Cœur regardant le lever du soleil rouge.

Houleux sont les vents.
Alassane est sur une plage. Epuisé, il s’endort sur le sable. Combien de temps dort-il ? Nul ne sait. Il rêve d’une brûlure vive. Il est dans les flammes. Il se consume. Il devient un amas de cendre. Le vent le soulève légèrement puis l’emporte par delà les nuages. Maintenant le phénix vole au-dessus d’une étendue indigo. Les souks de Marrakech célèbrent la couleur. Le muezzin appelle à la prière. Alassane redevient homme. Alassane renait dans son pays. Au loin, des hommes pêchent sur des embarcations décorées. Sur des embarcations colorées. Alassane marche dans son village. Son clan l’entoure, heureux de son retour. Leur sourire est éclatant. Un poulet mafé cuit sur le foyer. Alassane s’approche de la source de la chaleur. Le plat agrémenté d’arachide mijote tranquillement pour fêter le retour du héros. Il s’installe parmi les siens. Le plat est au centre du cercle familial. Une immense fleur éclot sur le sol. Ses pétales sont chamarrés. Son cœur est embaumé par les saveurs de l’Afrique. La fleur frémit, bourdonne tel un essaim d’abeilles. Des chants célèbrent le travail de la terre. Le présent et le passé sont enchaînés. De l’or coule. Le vert foisonne. Le dos des esclaves s’écorche d’un liseron rouge.

Alassane danse les yeux fermés. 
Fermés sont les agents de l’administration.
Fermés sont les policiers arrogants.
Fermés sont les préjugés en tout genre.
Genre humain.
Genre en bouleversement.
Genre en migration.

Rouge est le sang.
Un vieil esclave est dans un cachot. Les chaînes lui donnent peu de leste. Animal traqué, l’homme à la crinière grise a le regard triste. Animal battu, l’homme à la peau tannée pleure, sanglote.
Alassane se réveille en sursaut. Son visage est constellé de grains de sable. Epuisé, il peine à ouvrir les yeux. Il a encore cauchemardé. Le visage du vieil homme est encore devant ses yeux. Il ne connait pas son identité. Ni son histoire. Pourtant, le vieil esclave revient souvent dans ses rêves. Est-ce un aïeul ? Oui, sans doute. Les rêves sont là pour révéler ce que les hommes ont enfoui dans leur âme. Alassane ressent un immense chagrin. Est-il prisonnier, lui aussi ? Au loin, il entend des voix étrangères. Est-il sur un marché d’esclaves ? Quand ce cauchemar cessera-t-il ?
Les histoires d’esclaves le poursuivent depuis qu’il est enfant. Il n’a jamais compris la méchanceté des hommes. Enfant, l’injustice le faisait rugir comme un lion en cage. Enfant, il se sauvait à la moindre bribe d’une histoire passée. Il ne pouvait pas écouter les atrocités vécues un ou deux siècles plus tôt. Non, il ne le pouvait pas. Alors adolescent, il décida de partir sur les chemins du jour au lendemain. Comme l’hirondelle en migration.

Alassane est en transe.
Transe, entre rêve et réalité.
Transe, entre hier et demain.
Transe, un équilibre précaire.
Précaire est la vie d’un migrant.
Précaire est le fantôme clandestin.
Précaire est l’accès à ses droits.

Migration telle un fil d’Ariane.
L’hirondelle est sur un fil. Départ imminent. Alassane est sur le fil. Départ précipité. L’hirondelle et Alassane se croisent en chemin. Ils filent vers la terre où ils seront bien. La chaleur du soleil pour elle. La douceur de la vie pour lui. Ariane est leur compagne idéale. Rien ne les détourne du but de leur voyage.
Alassane sort de sa torpeur. Il n’ose pas bouger. Où est-il ? Alassane est aux aguets. Aucun bruit inquiétant. Alassane se détend. Il sent alors une chaleur dans son dos. Elle ne le brûle pas. Cette chaleur est plaisante. Il est si bien. Il n’ose pas bouger. Où est-il ? Du sable fin glisse sous ses paumes. Il entend les roulis des vagues au loin. Est-il arrivé en France ? Oui, il se peut bien. Alassane sourit. Il sait qu’Ariane l’a amené à destination : au pays des droits de l’Homme. Alassane ferme les yeux, savourant ce moment de gloire. Il rêve qu’il obtient ses droits.

Alassane prend ses marques.
Marques indélébiles.
Marques écrites.
Marques branchées.
Branchées sont les lianes familiales.
Branchées sont les ondes du monde.
Branchées sont les paroles des gens.

Droits s’obtenant au compte-gouttes.
La France n’est pas si généreuse. Les demandeurs d’asile doivent écrire leur histoire pour rester sur le territoire. Les demandeurs d’asile tremblent devant le tribunal. Si une histoire n’est pas suffisamment tragique, l’étranger revient à la case départ. Si une histoire est rocambolesque, l’étranger se verra chassé. Combien ont été refoulés ? Combien ont été reconduits à la frontière ?
Alassane sait qu’il ne doit pas flancher. Alassane sait qu’il a une bonne étoile. Sa bonne étoile est son instinct. Il écrit son parcourt. Sa bonne étoile le guide au gré des lignes. Les mensonges n’ont pas lieu d’être, seule la réalité suffit pour décrire toute l’horreur vécue pendant le voyage. Rester aux faits et tout ira bien. Ses nouveaux amis l’accompagnent à chacun de ses mots. Sa nouvelle tribu l’encourage au moindre signe de découragement.
Alassane est triste. Les siens lui manquent malgré son téléphone portable dans sa poche. Parfois, la voix de son frère lui parait lointaine. Ses racines ne se rompent pas pour autant. Le cœur d’Alassane s’écorche vif lorsqu’il s’enquiert de la santé de sa mère malade. Son pays n’a pas de remède. Les médicaments sont pratiquement inexistants. Son pays doit faire face au mal en priant pour qu’il s’arrête comme par magie. Alassane envoie de l’argent dès qu’il en possède. Mais l’argent se fait rare quand on est un sans papier. Un sans papier n’a pas le droit de travailler. Comment vivre sans le sous ? Solution : travail au noir sans protection sociale et au salaire minable. Solution : quête dans la rue au risque de se faire attraper par les hommes de loi ou de se faire agresser. Solution : réseaux mafieux qui drainent l’esclavage en tout genre.
Alassane est un migrant. Il a foulé des territoires hostiles pour arriver jusqu’ici. En France. Il a vécu des atrocités qui resteront gravées dans sa mémoire jusqu’à son dernier souffle de vie. Traumatisé, il parle de ses maux. Traumatisé, ses maux s’évaporent pendant un instant. Traumatisé, il espère des jours meilleurs.
Mais demain, Alassane passe au tribunal. Quel délit a-t-il commis ? Il le saura bien par les paroles de ces gens.

Alassane est là.
Là, entouré de chaleur humaine.
Là, à l’abri de tous dangers.
Là, confiant en un lendemain de liberté.
Liberté : mouvement.
Liberté : pensée.
Liberté : expression.

Gens de lois.
Temps clément. Ce soir, le jeune homme ébène a une bonne nouvelle. Ce soir, le jeune homme ébène est rayonnant. Ce soir, le jeune homme ébène danse. Il danse les yeux fermés. La bonne nouvelle est arrivée le matin même. Le voilà en possession d’un papier officiel. Dorénavant, il peut circuler dans le pays en toute tranquillité. Mais ce papier est provisoire. Le jeune homme ébène est encore en transit. Il doit garder précieusement ce papier dans sa poche.
Ce papier est le mouvement. Ce papier est la pensée. Ce papier est l’expression.

Un homme s’approche d’Alassane.
Alassane le frôle.
Alassane ouvre les yeux.
Alassane est son ami.
Son ami est cuisinier.
Son ami est monumental.
Son ami est son sauveur.

Expression est en fusion.
Ce soir, Alassane est heureux. Ce soir, Alassane savoure sa victoire. Alassane regarde l’homme qui se tient à côte de lui. L’homme se nomme Ernest. Le visage d’Alassane s’éclaire. Le visage d’Ernest s’éclaire. Ernest est venu fêter la bonne nouvelle. Alassane saute au cou de son sauveur.

Alassane et Ernest s’assoient sur le canapé.
Le canapé est confortable.
Le canapé délie les langues.
Le canapé est témoin dans leur rencontre.
Rencontre inespérée pour l’un.
Rencontre héroïque pour l’autre.
Rencontre avec un souverain exilé.

Sauveur est là.
Alassane est là. La fête est finie. Nous sommes au petit matin. Nous sommes assis dans le salon. Nous sommes témoins de leur histoire :« Un individu tente de se mettre debout. En vain. L’individu s’écroule comme une poupée de chiffon. La plage est déserte. Ernest scrute l’horizon. L’individu ne se relève pas, ne bouge pas. Il y a urgence. L’immobilité de l’individu l’effraie Ernest se précipite… A ses pieds, Ernest trouve un naufragé évanoui. Un naufragé à peine sorti de l’adolescence. Un gamin malmené par la vie. Un gamin en haillon. Ernest regarde aux alentours pour trouver du secours. Mais personne. Le sauveur s’agenouille, remarque que le gamin respirait avec difficulté. Le sauveur soulève le gamin léger comme une plume.
Le gamin est allongé dans un petit lit. Il dort d’un sommeil agité. Ernest le surveille. Ernest attend que le gamin se réveille. Ernest veut lui donner sa première cuillerée. Longue convalescence et petits plats mijotés. Ernest prend soin du gamin qui reprend peu à peu ses forces.
Le gamin est très beau. Ses traits fins lui donnent un air de souverain. Un souverain exilé. »

Nous nous serrons fort avant de partir.
Partir sans une larme.
Partir sans un adieu.
Partir pour un aller retour.
Retour vers moi.
Retour vers  toi.
Retour vers nous.

Exilé arrivé à destination.
Aujourd’hui, Alassane croque dans une pomme à pleine dent. Aujourd’hui, Alassane est un citoyen français.
Leurs invités doivent arriver d’un instant à l’autre. Ernest est revenu du marché. Ernest veut préparer un repas simple et savoureux. Alassane l’aide en cuisine.
A notre arrivée, les maîtres de cérémonie tendent les bras vers nous.

(27 septembre 2020)


Marie-Pierre Blanchet

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2020-08-31T15:58:35+02:00

Bonne rentrée 2020 !

Publié par Marie-Pierre Blanchet

Bonjour,

Malgré le contexte de la crise sanitaire que nous vivons depuis quelques mois, l'association "Ma Différence En Partage" reprend ses interventions auprès des centres de formations, des MFR, des établissements scolaires et associations dès la rentrée de septembre 2020.

Nous nous efforçons de sensibiliser le public à la différence par le biais de la connaissance et du partage d'expériences de vies.

Nous nous tenons à votre disposition si vous souhaitez avoir des informations sur les modalités de nos interventions.

Nous vous souhaitons une bonne rentrée à toutes et à tous.

Frédéric Defontaine - Président
Marie-Pierre Blanchet - Intervenante

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2020-06-23T10:43:22+02:00

Un été sous une pergola...

Publié par Marie-Pierre Blanchet
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...
Un été sous une pergola...

L'été s'annonce chaud !

Ma terrasse est en plein cagnard l'après-midi. Le soleil tape fort sur la baie vitrée de ma pièce à vivre. Comment y remédier ?

La première idée fut de mettre un voile d'ombrage et un parasol.  Mouais, pas top ! Une rafale et tout vole au vent.

La seconde idée fut d'installer un store banne. Recherches sur les sites de Brico Dépot, Leroy Merlin etc... Des modèles me plaisaient bien mais une fois sur place, je fus déçue. Les nouveaux modèles sont beaucoup trop mastocs et trop cher pour ma petite bourse.

La troisième idée fut de construire une pergola en bois recouverte de canisses, de voiles d'ombrage ou de filets de camouflage.. Ce fut la bonne !

Élaboration du plan de la structure de pergola avec un de mes assistants de vie bricoleur. Notre motivation fut à l'honneur : il fallait faire vite avant les grosses chaleurs estivales.

Trois semaines plus tard, mon assistant de vie bricoleur apporta sa boîte à outils, sa scie circulaire... tout ce qu'il faut pour se mettre à l'ouvrage.

Le lendemain, un ami proche et lui allèrent chercher le bois... Quand on n'a pas de bras ni de jambes qui fonctionnent correctement, il faut bien en trouver quelque part.

Ma terrasse fut vite encombrée de planches de coffrage.

Un jour, deux jours, trois jours de travaux suffirent pour construire la charpente de la pergola.

Une de mes assistants de vie est venue à la rescousse pour les finitions. En deux temps et trois mouvements, la pergola fut mise sur pied. Un beau travail d'équipe ! Le résultat était au-delà mes espérances.

La stabilité de la pergola fut bonne. Il ne restait plus qu'à la recouvrir pour que le soleil ne donne pas sur la terrasse ni ne rentre pas directement dans l'appartement.

Une troisième puis une quatrième assistante de vie rentrèrent en scène afin de m'aider à trouver un revêtement adéquat pour la pergola. Ce ne fut pas une mince affaire ! Que choisir ? Peut-être un filet de camouflage ? Peut-être un voile d'ombrage ? Triangle ou rectangle ? Ou alors des canisses ? Osier ? Roseau ? Bruyère ? Finalement, j'optai pour des canisses en roseau. Plus naturels et moins couteux.

La quatrième assistante de vie alla les acheter d'un coup de voiture. Une fois revenue, elle les fixa avec l'aide de mon ami proche qui était dans les parages. C'est beau de regarder les gens qui travaillent quand on est en fauteuil roulant !

En conclusion : j'ai une superbe pergola sur ma terrasse et une équipe d'assistants de vie qui me suit dans chacun de mes projets. Que demander de mieux ?

Un petit verre de blanc le soir pour fêter la pergola... Je trouve que la vie est de plus en plus belle !

Marie-Pierre Blanchet

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2020-06-15T17:46:29+02:00

Le regard... Extrait d'Intrédipe Marie Chaussette 2

Publié par Marie-Pierre Blanchet
Le regard... Extrait d'Intrédipe Marie Chaussette 2Le regard... Extrait d'Intrédipe Marie Chaussette 2

Sur certaines photos, mon handicap ne se voit pas. Sur d’autres, j’ai l’air d’une débile. Mon visage a toujours été un flou artistique. Un tableau de Picasso en 3D. Dans son immobilité, mon visage peut être beau comme laid. Dans sa mobilité, mon visage peut être beau comme laid. Tout est question de point de vue car la beauté est subjective. Tout est question de gestion de mon corps car le courant passe dans mes fibres musculaires telles des décharges électriques. Ces décharges me font grimacer et peuvent me rendre impressionnante pour certaines personnes. Je ne peux que m’imaginer car je ne me regarde pas vivre constamment dans le miroir. Je me dis aussi que si j’étais effrayante, les gens partiraient en courant. Et ce n’est pas le cas. Du moins pas encore.

Des photos numérisées défilent sur l’écran de mon ordinateur. Je vois une jolie adolescente au regard franc et déterminé. C’est ce que j’étais en réalité et sans prétention. Mais à cette époque, je ne le savais pas même si je le pressentais. Ma particularité physique a toujours attiré le regard des gens.

Il y a le regard intrigué qui se demande :

-Qu’est-ce que c’est cette bête ?

Il y a le regard de pitié qui s’écrie :

-Oh la pauvre !

Il y a le regard ignorant qui chuchote :

-Je ne veux pas voir cette énergumène !

Il y a le regard direct qui intercepte :

-Toi, je te vois telle que tu es.

Il y a le regard aveugle qui s’adresse à l’autre :

-Qu’est-ce qu’elle veut la petite ?

Bref ! Beaucoup de regards me font des piqures de rappel de ma différence. Oui, je sais que j’ai un handicap qui se voit au milieu de la figure ! Beaucoup de regards transpercent mon intégrité. Qui suis-je pour ces regards ? Eux seuls le savent.

Adolescente, je détestais certains regards.

Ma mère me disait souvent :

-Ne fais pas attention à eux, continue à vivre.

La sagesse de ma mère m’a toujours encouragée à vivre avec ma particularité.

Alors, j’ai regardé les gens tout en guettant leurs différences.

Alors, j'ai grimacé du mieux que j’ai pu tout en me sachant observée.

Alors, j'ai assumé les tensions de mon corps tout en oubliant les regards désobligeants fixés sur moi.

 

Marie-Pierre Blanchet

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